samedi, 26 septembre 2026
Actualité 5 min de lecture 459

UNIVERSITÉ RUBEN UM NYOBÈ

a
admin

13 septembre 2026 à 12:07

Partager :
UNIVERSITÉ RUBEN UM NYOBÈ UNIVERSITÉ RUBEN UM NYOBÈ

LE MPODOL ENTRE DANS L'AMPHITHÉÂTRE


Par Engelbert Mboa

Il y a des noms que l'on a longtemps prononcés à voix basse. Au Cameroun, pendant près de six décennies, dire "Um Nyobè" revenait à se brûler les lèvres. Ce 13 septembre 2026, soixante-huit ans jour pour jour après l'assassinat du Mpodol - le porte-parole en langue bassa - à Libelingoï, près de Boumnyébel, par l'armée coloniale française, son nom s'inscrit au fronton d'une université. Non plus sur une stèle ou dans une polémique de colloque, mais sur un acte de création académique.


Loin des slogans qui, chaque septembre, meublent les trois heures d'antenne des "broyeurs du dimanche", comme les nomme un observateur local, l'événement est discret, presque administratif. Et c'est précisément ce qui le rend historique. L'Institut Supérieur Ruben Um Nyobè, l'ISRUN, est fondé.

De l'interdit à la référence

L'histoire que raconte cette fondation est celle du Cameroun lui-même.

Vers 1913 naît à Song Mpeck, dans le Nyong-et-Kellé, Ruben Um Nyobè. Greffier, syndicaliste, Secrétaire Général de l'Union des Populations du Cameroun (UPC) à partir de 1948, il est le premier à porter la question camerounaise devant l'Assemblée générale des Nations unies, à New York, entre 1952 et 1954. Il y exige une date fixe pour l'indépendance et la réunification des deux Cameroun sous tutelle. Le 13 juillet 1955, l'UPC est interdite par décret du Haut-Commissaire Roland Pré. Um Nyobè entre au maquis. Il sera abattu le 13 septembre 1958, alors que Charles de Gaulle sillonne l'Afrique pour son projet de Communauté. 

Pendant longtemps, le pouvoir qui lui succède fait de ce nom un tabou. Dans les familles de la Sanaga-Maritime, on raconte encore comment, sous le régime  du feu Ahdjo  il fallait ruser pour survivre avec ce patronyme. Ajouter un "W" sur un nom devant pour devenir "WUM", faire acte d'allégeance manuscrite, s'éloigner par une lettre pour pouvoir continuer ses études de droit jusqu'à l'agrégation. D'autres, à l'inverse, ont usé du nom de l'UPC comme d'un laissez-passer pour quémander des strapontins, des titres honorifiques à la Cité.

Le renversement est récent. Depuis une dizaine d'années, Um Nyobè, longtemps effacé des manuels, est devenu le grand héros national, objet d'un travail conceptuel, d'un référentiel en gestion sur le génocide colonial, d'une réhabilitation mémorielle. De "U" et "M", deux lettres simples, on tire désormais toute une Histoire.

L'ISRUN veut être l'étape suivante : non plus célébrer l'icône, mais faire fructifier sa pensée positive.

Trois sites, une doctrine : l'emploi


L'institution n'est pas une université classique hors-sol. Elle s'ancre sur trois sites qui dessinent une géographie volontaire.

Le site historique de Boumnyébel, berceau du Mpodol. Depuis près de trois ans déjà, il fonctionne en mode préfigurateur et, selon ses fondateurs, "produit des génies" en Brevet de Technicien Supérieur (BTS) : agriculture de précision, énergies renouvelables, maintenance des systèmes solaires. Un choix qui fait sens dans la GrandeSanaga Maritime, grenier agricole délaissé.

Le site de Douala-Bonabéri, à la lisière de la capitale économique. Là, l'axe est résolument numérique : développement informatique, réseaux, cybersécurité et intelligence artificielle appliquée.

Enfin, le site de Songmbengue, dans l'arrière-pays littoral, dédié aux filières bleues et vertes : élevage, aquaculture, transformation des produits halieutiques.

La doctrine affichée par la direction est claire : "Il ne s'agit pas de faire la politique mais de faire germer l'intelligence créatrice dans les filières de pointe et génératrices d'emplois." Une phrase qui, en creux, répond aux critiques habituelles faites aux institutions mémorielles : le risque du musée.

Le 20 septembre, le premier test pour l'année académique 2026-2027


Le symbole va devoir passer l'épreuve de l'amphithéâtre. Le premier concours officiel d'entrée en première et deuxième année de BTS de l'ISRUN est fixé au 20 septembre 2026, pour l'année académique 2026-2027.

L'appel s'adresse aux parents et surtout aux bacheliers des séries scientifiques et technologiques, fraîchement diplômés. Les modalités d'inscription sont à retirer directement auprès des administrations des trois sites. L'établissement insiste sur la parité entre théorie et pratique, avec des plateaux techniques délocalisés et un partenariat annoncé avec des coopératives locales.

Si l'initiative aboutit, elle réalisera ce que les discours n'ont pas réussi : transformer un nom que l'on craignait de prononcer en un diplôme que l'on affichera. Le Mpodol, qui avait fait de la parole son arme - "mon arme, c'est la parole. Son champ de bataille, c'est la conscience populaire", rappelait-il dans les villages surveillés de la Sanaga-Maritime en septembre 1958 - deviendrait alors, soixante-huit ans après sa mort, ce qu'il a toujours voulu être : un passeur de savoir.

Ce 13 septembre, l'arrêt sur image n'est donc pas seulement un devoir de mémoire. C'est, comme l'écrit l'administration de l'ISRUN dans sa note fondatrice, "pérenniser la pensée positive pour un Cameroun plus juste et meilleur où il fera bon vivre, et sans utopie".

Le nom simple à prononcer, U-M, est désormais conjugué au futur.
UNIVERSITÉ RUBEN UM NYOBÈ
UNIVERSITÉ RUBEN UM NYOBÈ
UNIVERSITÉ RUBEN UM NYOBÈ
UNIVERSITÉ RUBEN UM NYOBÈ
3 personnes ont aimé ceci 0 commentaire
Mots-clés : Actualité

Commentaires 0

Connexion pour participer à la discussion.

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à partager votre avis !